I
LE chef constable et le chef de police Sugden considéraient Poirot d'un air incrédule. Le détective belge remit une poignée de petits cailloux dans une boîte en carton et la tendit au colonel Johnson.
« Il n'y a pas d'erreur. Ce sont bien les diamants, dit Poirot.
— Et où les avez-vous trouvés ? Dans le jardin ?
— Oui, dans un des petits jardins construits par Mrs. Alfred Lee.
— Mrs. Alfred ? Mais c'est impossible ! déclara Sugden en hochant la tête.
— Selon vous, ce ne peut être Mrs. Alfred qui a égorgé son beau-père ? »
Vivement, le chef de police répliqua :
« Nous savons déjà que ce n'est pas elle qui l'a tué. Je veux dire que je ne la crois pas coupable du vol des diamants.
— Non, on ne la prendrait pas pour une voleuse.
— N'importe qui peut les avoir cachés à cet endroit, suggéra Sugden.
— Ce jardinet… qui représente la mer Morte, où il y a des cailloux à peu près semblables aux diamants bruts était une cachette assez bien trouvée.
— Voulez-vous dire qu'elle avait préparé ce jardinet dans l'idée d'y dissimuler les diamants ? demanda Sugden.
— Je ne le crois pas un instant, déclara le colonel Johnson. D'abord, pourquoi aurait-elle pris ces diamants ?
— Quant à cela… », fit Sugden.
Poirot l'interrompit vivement.
« J'y vois une explication plausible. Elle a pu enlever les diamants pour faire croire que le vol a été le mobile du meurtre. Je veux dire qu'elle prévoyait l'assassinat. »
Johnson fronça le sourcil.
« Votre théorie ne tient pas debout ! s'écria-t-il. Vous en faites une complice… mais la complice de qui ? De son mari ? Nous savons que ce n'est pas lui le meurtrier. Votre hypothèse se réduit à néant. »
Sugden se caressa la joue d'un air méditatif.
« En effet, dit-il. À moins que Mrs. Alfred, coupable d'un simple vol de diamants, ait préparé ce jardinet pour les dissimuler jusqu'à ce qu'on cesse d'en parler. Mais c'est peu probable. Il s'agit plutôt d'une coïncidence. Ce jardinet, avec ses cailloux sombres, a pu sembler au voleur une cachette idéale.
— C'est encore possible. Je ne me refuse jamais à admettre l'hypothèse d'une coïncidence, dit Poirot.
— Mrs. Alfred Lee est une très gentille personne, ajouta prudemment le chef de police. Il paraît peu vraisemblable qu'elle soit mêlée à une pareille escroquerie. Sait-on jamais ? »
Le colonel Johnson répliqua avec humeur :
« En tout cas, elle n'est pour rien dans l'assassinat du vieux Mr. Lee. Le maître d'hôtel l'a vue dans le salon au moment où le crime était commis. Vous rappelez-vous, Poirot ?
— Oui. Je m'en souviens. »
Le chef constable se tourna vers son subordonné.
« Poursuivons, si vous le voulez bien. Avez-vous quelque chose de nouveau à m'apprendre, Sugden ?
— Oui, monsieur. J'ai recueilli quelques renseignements… d'abord sur Horbury. Ce n'est pas sans raison qu'il a peur de la police.
— Vol ?
— Non, monsieur. Chantage. Il extorquait de l'argent sous menaces. On l'a acquitté faute de preuves suffisantes. Comme il n'a pas la conscience tranquille, il s'est imaginé qu'on allait l'arrêter quand Tressilian lui a annoncé la visite d'un policier.
— Hum ! fit le chef constable. Et voilà pour Horbury ! Ensuite ? »
Le chef de police toussota.
« Euh… Mrs. George Lee. Avant son mariage, elle vivait avec un certain commandant Jones. Elle se faisait passer pour sa fille… mais il n'y avait entre eux aucun lien de parenté… D'après ce que nous savons sur la réunion d'hier, le vieux Mr. Lee l'avait bien démasquée. Il s'y connaissait en femmes et on ne le dupait pas facilement. Pour s'amuser, il a décoché un trait au hasard… et… il a frappé juste. »
Pensif, le colonel Johnson conclut :
« Cela donne à Mrs. George un nouveau mobile de tuer son beau-père… outre l'appât de l'argent. Elle a peut-être cru qu'il savait quelque chose de précis et allait la trahir auprès de son mari. Son histoire de téléphone est fausse. Elle n'a pas téléphoné.
— Si nous les invitions à venir ici tous les deux afin de tirer au clair cette affaire de téléphone ? suggéra Sugden.
— Bonne idée ! » fit le colonel Johnson.
Il sonna. Tressilian apparut.
« Priez Mr. et Mrs. George Lee de venir, s'il vous plaît.
— Bien, monsieur. »
Comme le vieux serviteur allait sortir, Poirot lui demanda :
« Est-ce que la date n'a pas été changée sur ce calendrier depuis la mort de votre maître ? »
Tressilian se retourna.
« Quel calendrier, monsieur ?
— Celui qui est là, accroché au mur. »